Actualités

Viticulture & Irrigation

Le 22 septembre 2022

Inauguration du dispositif de réutilisation des eaux usées traitées à des fins d’irrigation viticole dans le massif de la Clape : IrriAlt’eau 2.0

Photo : lors de l'inauguration jeudi 22 septembre 2022, en présence des partenaires, des entreprises et des représentants des financeurs du projet.

Depuis le mois de juin, dans un contexte inédit de sécheresse, plusieurs viticulteurs et l’unité expérimentale de l’INRAE Pech Rouge ont pu bénéficier d’une nouvelle ressource en eau pour irriguer leurs vignes dans le massif de la Clape. Le dispositif de réutilisation des eaux usées traitées, IrriAlt’eau 2.0, porté par le Grand Narbonne, l’association syndicale autorisée (ASA) de Gruissan et leurs partenaires (INRAE, Veolia, Aquadoc, la cave coopérative de Gruissan) est actif depuis le début de l’été. L’irrigation au goutte-à-goutte de 81 hectares de vignes à partir de l’eau usée traitée issue de la station d’épuration de Narbonne-Plage est désormais possible.

Le montant global du projet IrriAlt’eau 2.0 s’élève à 1,3 M€HT. Il a été financé par le Grand Narbonne, la Banque des Territoires via la Région Occitanie dans le cadre du projet Littoral+ France 2030 Territoires d’innovation ainsi que par l’ASA de Gruissan, la Région Occitanie, le FEADER et le Conseil départemental de l’Aude. L’ensemble des acteurs du projet sont réunis à l’occasion de l’inauguration du dispositif qui ouvre de nouvelles perspectives pour économiser l’eau.

Le Grand Narbonne, territoire pionnier

À l’heure du changement climatique et de la raréfaction de la ressource en eau, la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation représente une véritable alternative pour préserver les cultures et l’environnement. En France, moins de 1% des eaux usées traitées sont actuellement utilisées pour l’agriculture, un taux qui s’élève à 8 % pour l’Italie et 15 % pour l’Espagne. Le projet Irrialt’eau de production d’une ressource en eau alternative est mis en œuvre depuis cet été 2022.

Un enjeu économique et environnemental

Avec quelque 19 600 hectares de vignes cultivés, la viticulture représente un secteur économique majeur pour la communauté d’agglomération. Or, le territoire subit d’importantes pénuries d’eau qui ont un impact sur le rendement des vignes et sur la mortalité des ceps.
Dès 2013, suite aux sollicitations des viticulteurs de la cave de Gruissan, le Grand Narbonne a recherché une solution afin de soutenir la profession viticole en s’inscrivant dans une démarche d’économie circulaire et d’adaptation au changement climatique.
Près de dix ans auront été nécessaires pour faire aboutir le projet et créer un dispositif d’irrigation durable. Il permet de réduire la pression sur l’eau potable et de ne pas puiser dans les réserves.

Du secteur agricole...

Outre Irrialt’eau, le Grand Narbonne a accueilli une autre expérimentation à partir de la station d’épuration de Roquefort-des-Corbières. La société BRL a expérimenté la réutilisation des eaux usées traitées pour irriguer 15 hectares des vignobles de Cap Leucate. Le Grand Narbonne étudie un nouveau projet d’irrigation pour alimenter 20 hectares à Leucate-La Franqui.

....au secteur industriel

En 2021, une Reut Box, dispositif développé par Veolia, a été installée sur la station d’épuration de Narbonne. L’eau produite couvre 90% des besoins du site et se substitue à de l’eau potable jusque-là utilisée pour les tâches techniques et d’entretien. 15 000 m3 d’eau potable sont ainsi économisés.
Le Grand Narbonne étudie également comment répondre aux besoins de l’industrie : le projet Qair (production d’hydrogène vert) à Port-La Nouvelle, envisage en effet de se tourner vers l’eau, nécessaire au process de l’activité, mais retraitée. Cela permettrait d’économiser 200 000 m3 d’eau potable par an, soit la consommation d’un village de 3 600 habitants.

2013 - 2018, l'INRAE en charge de la phase recherche et développement

Dès le début des années 2000, face aux effets du changement climatique et de l’augmentation des sécheresses dans le sud de la France, l’INRAE a lancé des travaux sur l’irrigation raisonnée de la vigne.
Au début des années 2010, les deux unités INRAE du Narbonnais, le Laboratoire de Biotechnologie et de l’Environnement (LBE) et l’Unité Expérimentale de Pech Rouge, se sont associées au projet et ont rassemblé leurs compétences dans l’objectif d’irriguer la vigne avec des eaux alternatives.

Pour cela, l’INRAE a évalué durant plusieurs années, l’effet d’eaux de qualités différentes sur le milieu (sol), la plante, le raisin et le vin.

De 2013 à 2015
Ainsi des apports d’eau potable (A), d’eaux traitées (B et C) par un prototype mis en oeuvre par Veolia et d’eau agricole (D) ont été appliqués sur deux parcelles du domaine de Pech Rouge, soit 1,5 hectares, pendant trois ans. Cette première phase d’essai a permis de conclure que la qualité de l’eau n’avait pas d’effet significatif sur la production de raisin et la composition du vin.

De 2016 à 2018
Les essais ont été poursuivis trois années de plus afin d’évaluer l’effet cumulatif dans le temps de deux stratégies d’irrigation (modérée et renforcée) en comparant eau potable (A) et eau de qualité C. Les résultats ont permis de valider le procédé et de lancer la phase de transfert pour passer à l’échelle de démonstration sur 81 hectares de vignes de la commune de Gruissan.

La phase de Recherche et Développement a été co-financée par la Région Occitanie, BPI France, l’Agence de l’eau et le Grand Narbonne.

Phase opérationnelle : le Grand Narbonne équipe la station d’épuration de Narbonne-Plage

Le process de réutilisation des eaux usées validé, le Grand Narbonne lance les travaux afin d’équiper la station d’épuration de Narbonne-Plage du dispositif de traitement tertiaire. À proximité des 102 parcelles à irriguer au sein de la Clape, la station d’épuration de Narbonne-Plage bénéficie d’un volume d’eau suffisant et constant en période estivale, grâce à l’arrivée des vacanciers sur le littoral.

En 2021, le Grand Narbonne investit 532 500 € HT, avec un cofinancement de 266 210 € de l’État, obtenu dans le cadre du projet Littoral+ (PIA 3 Territoires d’innovation) porté par la Banque des Territoires et la Région Occitanie.
L’unité de traitement, réceptionnée en septembre 2021 après 7 mois de travaux, comprend :
- une surveillance en continu de la qualité de l’eau prélevée par capteur
- une unité de pompage
- une bâche de stockage des eaux brutes : 400 m3
- une unité de filtration de l’eau
- une unité de désinfection de l’eau (UV et chlore)
- un poste de reprise des eaux sales
- une bâche de stockage des eaux traitées

Production annuelle moyenne d’eau : 61 000 m3/an soit 750 m3 par hectare et par an.

L’ASA de Gruissan assure le déploiement et l’exploitation du dispositif

L’Association Syndicale Autorisée (ASA) de Gruissan, établissement public à caractère administratif créé en 2019, est en charge de la construction, l’entretien, l’exploitation des ouvrages de la station de mise sous pression et du réseau de distribution.
L’ASA de Gruissan a réalisé :
- les travaux de création d’une station de surpression,
- le déploiement du réseau d’irrigation collectif de 7,6 km et l’installation de 13 mini-bornes pour l’alimentation en eau de 81 hectares de vignes en sortie du traitement tertiaire de la station d’épuration de Narbonne-Plage gérée par le Grand Narbonne.

Les travaux se sont déroulés au printemps 2021 au coeur du massif de la Clape, période favorable pour les enjeux environnementaux de ce site Natura 2000.
Le président de l’ASA, Patrice Iche, les membres du syndicat de l’ASA : la mairie de Gruissan, l’INRAE, la cave coopérative de Gruissan et l’assistant à maîtrise d’ouvrage : l’Union d’ASA Est Audois, se sont impliqués pleinement dans le suivi des travaux accompagnés par leurs maîtres d’oeuvre et une écologue.

La mise en service de la station et du réseau s’est déroulée en septembre 2021 pour une période de test avant la période d’hivernage des installations.

En mai 2022, les irrigants ont été formés au logiciel Andromède, développé par Aquadoc, qui leur permet de demander des allocations en eau pour irriguer. Cette technologie innovante a été mise en place aux vues de la faible disponibilité de la ressource en eau afin de la partager entre les dix adhérents de l’ASA.

Début juin 2022, la première campagne d’irrigation a pu démarrer. Elle a été vitale pour le soutien de la viticulture en cette période de forte sécheresse.

Financements

2018 - 2021 : IrriAlt’eau 2.0
Phase opérationnelle : 1,3 M€ HT

Soit :
- 532 400 € HT : travaux sur le traitement tertiaire de la station d’épuration portés par le Grand Narbonne, financés à 50% par l’État, obtention dans le cadre du projet Littoral+ (PIA 3 Territoires d’Innovation) porté par la Banque des Territoires et la Région Occitanie (266 210 €).
- 774 200 € HT : travaux sur le déploiement du réseau d’irrigation portés par l’ASA de Gruissan et financés à 80 % par la Région Occitanie (192 394 €), le FEADER (234 589 €) et le Département de l’Aude (192 394 €).